Combien de rapports en quatre semaines faudrait-il pour aller bien ? L’enquête française CSF-2023 ne fixe aucun nombre à atteindre. Elle montre cependant que l’insatisfaction sexuelle, déclarée par 21,6 % des hommes et 17,3 % des femmes, va de pair avec davantage de problèmes de santé. Pour comprendre ce résultat, il faut distinguer les rapports comptés sur quatre semaines, la masturbation déclarée sur douze mois et la satisfaction ressentie.
Ce que l’enquête mesure, et pendant combien de temps
L’analyse de l’enquête CSF-2023 concerne 19 192 adultes de 18 à 89 ans vivant en France hexagonale, ayant déjà eu une pratique sexuelle et disposant de réponses complètes sur leur santé perçue. Pour les symptômes dépressifs et anxieux, les effectifs sont plus petits : respectivement 11 904 et 11 947 personnes. Ces trois résultats ne reposent donc pas exactement sur les mêmes répondants.
L’enquête pose trois questions distinctes : y a-t-il eu des rapports sexuels dans les douze derniers mois ? Combien y en a-t-il eu dans les quatre dernières semaines ? Y a-t-il eu masturbation dans les douze derniers mois ? Elle recueille aussi la satisfaction sexuelle, les violences subies et les difficultés sexuelles accompagnées de détresse. Le décompte sur quatre semaines concerne les personnes ayant déclaré une activité sexuelle dans l’année ; elles pouvaient donc avoir eu zéro rapport pendant ces quatre semaines. Dans ce groupe, la moyenne était de 5,3 rapports sur quatre semaines, un constat descriptif qui ne vaut pas recommandation.
Chez les hommes aussi, la satisfaction est liée à la santé
Dans les réponses sur la santé mentale, la part de personnes présentant des symptômes dépressifs varie nettement selon la satisfaction sexuelle déclarée :
| Satisfaction sexuelle | Hommes avec symptômes dépressifs | Femmes avec symptômes dépressifs |
|---|---|---|
| Très satisfaits | 9,8 % | 18,4 % |
| Insatisfaits | 25,6 % | 34,3 % |
Ces pourcentages sont pondérés, mais ils ne tiennent pas compte, à eux seuls, des différences d’âge, de santé ou de situation sociale entre les groupes. L’écart est marqué chez les hommes : 25,6 % des insatisfaits présentent des symptômes dépressifs, contre 9,8 % des très satisfaits. Chez les femmes, les parts sont de 34,3 % et 18,4 %. Dans les modèles ajustés de l’étude, l’association demeure : les cotes de symptômes dépressifs sont 3,0 fois plus élevées chez les hommes insatisfaits et 2,3 fois plus élevées chez les femmes insatisfaites, par rapport aux personnes très satisfaites. Ces rapports de cotes ne sont pas des probabilités individuelles multipliées par trois ou par 2,3.
Le lien dépasse les symptômes dépressifs. Parmi les hommes très satisfaits, 17,6 % jugent leur santé médiocre ou mauvaise, contre 39,8 % des insatisfaits ; chez les femmes, ces parts sont de 24,2 % et 40,8 %. Après ajustement, l’insatisfaction reste associée à la santé perçue ainsi qu’aux symptômes anxieux dans les deux groupes. Parmi les dimensions sexuelles étudiées, c’est l’association qui revient le plus régulièrement pour les trois indicateurs de santé.
Rapports sur quatre semaines : les chiffres des hommes et des femmes
Parmi les personnes ayant eu une activité sexuelle au cours de l’année, l’étude répartit le nombre de rapports des quatre semaines précédentes en trois catégories. Voici la part présentant des symptômes dépressifs dans chacune d’elles :
| Rapports au cours des quatre dernières semaines | Hommes avec symptômes dépressifs | Femmes avec symptômes dépressifs |
|---|---|---|
| 0 à 4 | 15,0 % | 21,8 % |
| 5 à 8 | 8,2 % | 18,2 % |
| Plus de 8 | 10,8 % | 20,8 % |
Chez les hommes, la part est plus élevée dans le groupe « 0 à 4 », puis remonte légèrement au-delà de huit rapports : la relation n’est pas une ligne descendante. Chez les femmes, les auteurs ne relèvent pas d’association statistiquement significative entre cette fréquence et les symptômes dépressifs. Ces comparaisons sont descriptives et ne tiennent pas compte des autres différences entre les groupes.
La fréquence ne figure pas dans les modèles ajustés qui examinent notamment la satisfaction sexuelle. On ne peut donc pas comparer directement fréquence et satisfaction « toutes choses égales par ailleurs », ni décréter que cinq rapports en quatre semaines seraient un seuil protecteur : cinq est seulement la borne d’une catégorie choisie pour analyser les réponses.
La masturbation fait aussi partie de l’étude
L’enquête demande si les personnes se sont masturbées au cours des douze derniers mois, sans mesurer ici combien de fois. Dans cet échantillon, 64,9 % des hommes et 44,5 % des femmes répondent oui. Il s’agit donc d’un indicateur de pratique sur un an, différent du nombre de rapports comptés sur quatre semaines.
Dans les modèles ajustés, la masturbation déclarée est associée à des cotes plus faibles de santé perçue médiocre ou mauvaise chez les hommes comme chez les femmes : rapport de cotes de 0,7 dans les deux groupes. Elle est aussi associée à des cotes plus faibles de symptômes anxieux chez les femmes (0,6). L’étude ne montre pas une baisse comparable des symptômes anxieux chez les hommes. Ces associations ne prouvent pas que la masturbation améliore la santé, et l’enquête ne permet pas de comparer les effets d’une séance de masturbation à ceux d’un rapport sexuel.
Santé et satisfaction : l’ordre des causes reste inconnu
CSF-2023 est une enquête transversale : elle rapproche les réponses sur la santé et la sexualité sans suivre leur évolution dans le temps. Elle ne dit pas si des difficultés de santé ont précédé l’insatisfaction, si la vie intime a pesé sur la santé, ou si les deux évoluent ensemble. Les associations observées ne prouvent ni cause ni effet d’un changement de fréquence ou de satisfaction.
Le taux de réponse à la première partie de l’enquête était de 34 %. Les pondérations corrigent certains écarts connus ; d’autres différences entre répondants et absents peuvent subsister.
En quelques mots
Le constat central de CSF-2023 est clair : chez les hommes comme chez les femmes, l’insatisfaction sexuelle va de pair avec une moins bonne santé perçue et davantage de symptômes dépressifs et anxieux, même après ajustement. Pour les symptômes dépressifs, les cotes sont 3,0 fois plus élevées chez les hommes insatisfaits et 2,3 fois chez les femmes insatisfaites, comparés aux très satisfaits. Le nombre de rapports sur quatre semaines raconte une histoire moins régulière : chez les hommes, les symptômes dépressifs sont plus fréquents dans le groupe « 0 à 4 », sans diminuer continûment ensuite ; chez les femmes, cette association n’est pas significative. La masturbation sur douze mois est elle aussi associée à la santé perçue dans les deux groupes. Ces liens ne prouvent pas de causalité, mais ils donnent une question plus utile qu’un quota : la vie sexuelle est-elle satisfaisante, ou source de détresse ?




